Comparer des produits de lavage auto au prix du litre est le réflexe le plus naturel, et le plus trompeur. Un shampoing concentré vendu deux fois plus cher qu’un autre peut revenir moins cher à l’usage s’il se dilue quatre fois plus, et un nettoyant prêt à l’emploi bon marché peut coûter cher à chaque passage. Tout se joue sur une ligne de l’étiquette, souvent imprimée en petit : le ratio de dilution.
Que signifie 1:10 sur un flacon ?
La lecture la plus courante dans le nettoyage automobile est « une part de produit pour dix parts d’eau ». Un mélange à 1:10 compte donc onze parts au total, dont une de produit. Pour préparer un litre de solution, on verse environ 91 ml de produit et 909 ml d’eau. À 1:100, dans un seau de dix litres, il faut à peu près 99 ml de produit, que l’on arrondit sans dommage à 100 ml.
La difficulté, c’est que toutes les marques n’écrivent pas de la même façon. Certaines expriment la dose en pourcentage : 10 % signifie une part de produit dans dix parts de mélange, soit l’équivalent de 1:9 et non de 1:10. D’autres indiquent directement une quantité par seau ou par litre, ce qui a le mérite d’être sans ambiguïté. Sur un produit très dilué, l’écart entre les deux lectures reste négligeable. Sur un nettoyant dosé fort, à 1:4 par exemple, il devient sensible : 20 % de produit dans un cas, 25 % dans l’autre.
Quand l’étiquette ne précise pas sa convention, la fiche technique du produit, souvent disponible sur le site du fabricant, peut lever le doute. Le service client aussi : la question est simple, et la réponse change le dosage de tous les essais qui suivent.
Pourquoi une fourchette plutôt qu’un chiffre unique
Les étiquettes donnent souvent plusieurs dilutions selon l’usage : par exemple 1:4 pour des jantes très encrassées, 1:10 pour les bas de caisse, 1:20 pour les plastiques intérieurs. Ce n’est pas une précaution de forme, c’est le mode d’emploi. Trop dosé sur un plastique intérieur, un nettoyant multi-usage peut le ternir ou le décolorer ; trop dilué sur une jante, il oblige à frotter davantage.
Pour un shampoing, le surdosage n’apporte guère plus que de la mousse. Il rince moins bien, peut laisser un film et, à la longue, user plus vite une cire ou un scellant. Le sous-dosage, lui, réduit la glisse entre le gant et la peinture, ce qui augmente le risque de micro-rayures. Il n’y a donc rien à gagner à « mettre un peu plus pour être sûr ».
Ce qu’il faut tester, c’est le produit à la dilution que le fabricant recommande pour l’usage visé, pas un mélange fait à l’œil. Sinon, on compare deux dosages, pas deux produits.
Le coût par lavage, seul prix qui compte
Le calcul tient en une ligne : le prix du litre multiplié par la quantité de produit pur utilisée à chaque lavage. Prenons un shampoing à 18 € le litre dont on verse 25 ml dans le seau : il revient à 0,45 € par lavage. Face à lui, un shampoing à 9 € le litre qu’il faut doser à 50 ml par seau : même coût, 0,45 €, alors que son prix au litre est deux fois plus bas. Et un nettoyant jantes prêt à l’emploi vendu 10 € les 500 ml, dont on vide un quart de flacon pour quatre roues, coûte 2,50 € à chaque passage.
Le prix au litre affiché sur l’étiquette du rayon ne dit rien de tout cela. Il est utile pour comparer deux bidons de lave-glace, beaucoup moins pour comparer un concentré et un produit prêt à l’emploi. L’eau du robinet joue aussi : dans une région calcaire, un shampoing peut mousser moins à dosage égal, et la tentation est grande d’en rajouter. Un test honnête se fait donc avec la même eau et le même seau pour tous les produits.
Pour ne pas refaire la règle de trois à chaque flacon, ce magazine en ligne consacré au nettoyage automobile propose un calculateur de dilution qui convertit le ratio du fabricant en millilitres, ainsi qu’un outil qui estime le coût de chaque lavage. De quoi ramener plusieurs produits à la même base avant un essai comparatif.
Doser juste sans matériel de laboratoire
Un verre doseur gradué, réservé à cet usage et rangé loin de la cuisine, suffit pour les seaux. Pour les petites quantités, une seringue sans aiguille de 20 ou 50 ml, vendue en pharmacie, est plus précise que n’importe quel bouchon doseur. Pour un pulvérisateur, le plus simple consiste à tracer au marqueur deux traits sur le flacon : le niveau du produit, puis celui de l’eau. Le mélange se prépare ensuite en quelques secondes, toujours au même dosage.
Deux habitudes complètent le dosage. Verser l’eau d’abord et le produit ensuite évite qu’un shampoing mousse jusqu’au bord du seau avant même d’être mélangé. Et écrire sur chaque pulvérisateur le nom du produit, la dilution et la date de préparation évite de confondre deux flacons identiques trois semaines plus tard, quand l’un contient un nettoyant jantes et l’autre un produit pour les plastiques.
Dernier réflexe utile si vous testez un concentré dans la durée : notez au dos du flacon un trait à chaque lavage. Quand il est vide, le nombre de traits donne le vrai coût par lavage, celui que l’étiquette promettait ou non.



